lundi 1 septembre 2014

Les mains dans l'argile : toi, nous et la leucémie # 12

Tu es sous cortisone, à dose massive. L’idée générale, c’est de désarmer ton système immunitaire pour qu’il ne réagisse pas aux agressions de la chimiothérapie. Tu es interdit de sel, de sucre et nous venons à redouter le passage du vingtième jour sous cortisone, celui où tu deviens la proie de colères homériques et irrépressibles, celui où tu deviens l’objet de fringales démesurées, ne stoppant de manger que lorsque tu vomis.
Le jour de Pâques, Popa et Moma sont à la maison. J’ai essayé de bricoler un repas aussi appétissant que possible, sans sel, sans sucre, sans fruits et légumes frais, très chaud et venant juste d’être cuisiné. Nous essayons d’être joyeux.

Début avril, nous avons rencontré Dylan et sa maman C. C’était un lundi matin et C. était très agitée.
-Bonjour, je suis C et voila Dylan, mon fils. Il a 12 ans. Il est champion régional de judo. Samedi, il a fait un malaise pendant la compétition. Il a été transféré à l’hopital d’Annecy où ils ont trouvé de l’eau dans ses poumons et puis, hier, ils nous ont envoyés ici. Mais c’est une erreur parce que Dylan n’a pas de cancer, il a juste de l’eau dans le poumon.
Nous n’avons rien dit.
Deux heures plus tard, C. sanglotait ; Dylan était très préoccupé par ce qui allait lui arriver.

Trois semaines plus tard, nous les avons retrouvés. Ils avançaient  doucement dans le couloir : C. appuyée à la perche de perfusion, Dylan reposant presque entièrement sur elle. Dylan était extrêmement amaigri, il avait perdu ses cheveux et sa capacité de marcher sans aide. Le champion de judo avait disparu.

Nous avions alors commencé à décrypter les règles non-dites de l’hôpital:
-         - La répartition des enfant selon la complexité de leur état en fonction de l’expérience et du niveau hiérarchique du médecin. C’est très mauvais signe de changer de médecin référent pour être affecté à un chef de service ou au professeur. A posteriori, nous avons compris que le fait que tu sois opéré par le Professeur à ton arrivée révélait la criticité de ton état d’alors.
-         - L’affectation des chambres en fonction de l’état des enfants. Plus la chambre est proche du local des infirmières ( et du chariot de réanimation), plus le pronostic est mauvais.
-        -  Un IRM ou un examen régulier qui dure plus longtemps n’est jamais bon signe.
-          Et la salle de réunion au bout du couloir, utilisée pour annoncer le pire, ou presque.

4 commentaires:

  1. Je ne peux m'empêcher d'avoir les larmes a chaque article.

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    1. Angèle, si tu avais vu Stanislas chahuter avec ses copains tout à l'heure pour la rentrée, tu aurais débordée d'espoir et de gratitude envers la vie et les prodiges de la médecine! Enfin, ma belle-mère et moi avions le coeur qui battait très fort!

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    2. MERCI pour cette petite réponse.
      Oui, Stanislas, chahute, joue, crie, vis!

      Je t'embrasse

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  2. J'ai le coeur qui bat toujours très fort quand je découvre le titre du message. Et je t'avoue que parfois les larmes de sont pas loin.
    Parce que je repense à tout ce qu'a vécu ma meilleure amie (qui n'est plus là aujourd'hui)...
    Tout ce que vous avez vécu est tellement inimaginable. Et surtout je n'oublie pas qu'en plus tu étais enceinte à cette époque.
    Bises

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