mardi 29 avril 2014

Les mains d'ans l'argile - Toi, nous et la leucémie #3

Le spécialiste arrive. Elle te dévisage. S’assied.
-         Stanislas est malade. Il n’y a plus, dans son sang, que des cellules anormales.
Le terme me choque, je la regarde et je lance :
-          - Anormales ? cancéreuses ?
-         -  Oui. Nous allons immédiatement faire des échographies du cœur, du foie et de la rate. Nous ferons une ponction lombaire et un prélèvement de moelle osseuse. Puis nous transfuserons Stanislas. Parce que les petites taches rouges autour de ses yeux nous alertent sur le fait qu’il n’a plus de plaquettes et qu’il peut faire une hémorragie à tout moment. Son état est trop grave pour que nous puissions le transporter à l’institut d’oncologie. On va faire ça ici. Vous avez des questions ? je reviens dans un instant.
Nous sommes cois, bien entendu. Elle quitte la pièce en refermant soigneusement la porte derrière elle.
La chambre est toujours silencieuse.
Quelques larmes roulent sur le visage de ton père. On se serre l’un contre l’autre et on te regarde.

Les échographies ont montré que tu avais le foie et la rate hypertrophiés et le cœur curieusement en bon état.
-        -   Votre médecin, il ne l’a pas ausculté lors des derniers rendez-vous ?
On nous a laissé dehors, dans le couloir, pendant qu’on te faisait un myélogramme, le mot savant pour dire qu’avec un sorte de vilbrequin, on te prélevait de la moelle osseuse dans la hanche.
Tu as regagné ta chambre, avec,sur un bras, une intraveineuse avec des plaquettes , sur l’autre un moniteur pour vérifier que ton cœur ne s’arrêtait pas. La fenêtre donnait sur un semblant de jardin et sur une haie qui fuyait à l’horizon.
-        -   Lequel d’entre vous reste pour la nuit ? Parce qu’on ne peut accueillir qu’un seul parent.
On a échangé un regard et on s’est tourné vers toi.

-          - Papa.

8 commentaires:

  1. Lire sans pouvoir mettre des mots mais ne pas pouvoir partir sans te laisser un mot....Juste je t'embrasse fort, très fort....

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    1. De l'attention, une main tendue, ce sont des choses qui ont une saveur inouie dans ces moments là et c'est ce dont je suis reconnaissante aujourd'hui.

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  2. Je ne laisse que rarement un mot. Cette fois ci, je ne sais pas vraiment comment l'écrire. Je suis particulièrement attirée par ton récit. J'ai perdu mon papa très jeune, une leucémie l'a emporté et je ne sais rien de ce qu'il a vécu. Tu me permets de mettre des mots sur ce qui est devenu comme un tabou dans ma famille. Merci

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    1. C'est tellement violent, tellement cataclysmique que je comprends qu'on ne veuille plus en parler.
      Ecrire, revenir sur cette expérience est un process douloureux. Et je pleure beaucoup.
      Mais j'espère qu'écrire me permettra d'allèger un peu ce fardeau et de tenir à distance l'angoisse.
      Merci pour ton mot!

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  3. Les larmes aux yeux. Je suis touchée par ton récit ...

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  4. J'ai faillé pleurer... Et puis j'ai souris comme jamais, car j'ai rencontré ton fils cette année, je l'ai vu faire le fou dans une aire de jeu, et il était beau, fort et pleine de vie.
    Comme toute ta famille en fait.

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    1. je pense que c'est pour cette raison aussi que je trouve la force d'écrire cette histoire

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    2. J'ai également perdu mon papa d'une leucémie et ton récit est vraiment très émouvant , ce sont de terribles épreuves

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