lundi 20 juin 2016

Le 30ème kilomètre - des muscles et de la confiance en soi

Cet article-là, comme les jolies photos qui l’accompagnent  m’ont pas mal fait réfléchir ces temps (le temps justement de quelques courses en solitaire). Je me suis questionnée sur mon rapport au corps, aux muscles, sur l’injonction de minceur et de gracilité.


J’ai reconnu pas mal de commentaires doucereux et de remarques insidieuses. Pas de mes partenaires de sport, ni d’Amaury, mais plutôt de connaissances, le plus souvent des hommes, le plus souvent considérant le sport avec beaucoup de mépris.

Pendant longtemps, j’ai travaillé dans un milieu où faire du sport ne se faisait pas. L’esprit et le corps étaient séparés. Et on comptait par dizaines les AVC et autres infarctus des dirigeants. J’avais beaucoup de commentaires de ce genre.
Je travaille désormais dans un milieu où seule la performance compte. Et tout le monde fait du sport, si possible en compet’, parfois à haut niveau. Et celui qui ne fait pas de sport ou qui ne fait pas attention à sa ligne est tourné en ridicule et soupçonné de ne pas être compétitif. Et je suis tout aussi gênée par l'ambiance générale.


Si, il y a quelques années, le «  tu as des mollets de coureuse » me mettait mal à l’aise. Aujourd’hui, je ne manque jamais maintenant de demander à mon interlocuteur, yeux dans les yeux, de préciser sa pensée. 
Je trouve absolument scandaleux qu’un homme (ou une femme d’ailleurs) s’autorise un commentaire sur le physique d’autrui. Pour moi, cela signifie qu’il réduit la personne à son enveloppe corporelle, qu'il considère ce corps comme une chose, qu’il en fait une appréciation de propriétaire potentiel.

Je cours depuis …25 ans et je vois avec plaisir, de plus en plus de femmes s’y mettre et s’y mettre avec force et détermination. Pour la performance physique et mentale, pas parce qu’elles sont au régime.

Je crois à la liberté de faire du sport ou pas, d’en faire pour le plaisir ou pour la performance, que l’on soit femme ou homme.


A titre personnel, j’aime être en pleine forme, sentir mes muscles se contracter quand j’en ai besoin ou sentir l’accélération quand j’allonge ma foulée.

Me sentir forte et endurante me donne confiance en moi. Je sais que, quelque soit le rythme de ma journée de boulot, la tension qu’elle contiendra,  je peux m’appuyer sur mon corps.
J’aime me savoir autonome pour tirer ma valise, porter mes enfants. J’aime me savoir forte quand je prends les transports au petit matin ou quand je dors dans des hôtels anonymes dans des villes inconnues.

Je crois que le fait d’avoir des muscles me rend forte dans ma tête aussi. Le sport, l’habitude de dépasser mes limites, de surmonter la douleur, me donne une force mentale incroyable et m’aide professionnellement au quotidien.

Je suis très curieuse de lire vos réflexions sur ce sujet  ! 
J’apprécie beaucoup de vos contributions toujours intelligentes et qui souvent m'ouvrent de nouvelles perspectives de réflexions.

16 commentaires:

  1. j'ai lu avec bcp d'intérêt l'article que tu cites ... et le tien ... je ne crois pas m'être jamais dit que trop de muscles = pas féminin, car j'ai depuis tjs un rapport assez "tolérant" au corps (soit dit en toute simplicité, je ne m'envoie pas de fleurs ) ... pour ma part, ce regard me vient plus de l'art : apprendre à dessiner un corps est un plaisir infini et nul corps ne semble jamais "trop gros, trop maigre, trop ci trop ça" mais simplement on s'émerveille de voir l'unicité de chacun ...
    et la couture aussi a contribué à me libérer totalement des diktats de forme (c'est le vêtement qui doit épouser le corps, pas le corps qui doit se contorsionner pour entrer dans le vêtement !!) ...

    pour autant, c'est un thème sur lequel on peut toujours progresser ... je me rappelle encore d'une petite phrase que je t'ai dite au début où on se connaissait (et aujd est venue l'occasion de m'en excuser, du coup !) : quand tu m'as dit que tu courrais avec tes collègues hommes, j'ai dit bêtement "et tu arrives à les suivre ?" car personnellement je ne suis pas très performante au niveau sportif, et j'ai stupidement suivi le cliché selon lequel toutes les femmes étaient de même ... quand j'ai compris ton véritable niveau, j'ai eu vraiment honte de cette remarque machiste, finalement, sortie de ma propre bouche alors que je me croyais à l'abri de ces clichés !!

    une autre remarque lue il y a peu m'a énormément interpellée : celle d'Eléonore (de D&D) soulignant que les remarques "ah, toi, tu fais des patrons pour les vraies femmes qui ont des formes" étaient odieuses ! Toi comme moi savons bien que les fameuses formes (bon, fesses et seins, pour parler clairement !) on ne les choisit pas ! et ce n'est pas parce que je suis plate comme une limande ou presque que je ne suis pas "une vraie femme" !!

    Donc merci pour cette petite réflexion qui vient alimenter une remise en cause nécessaire en permanence : nous sommes tellement happés par les clichés alors même que nous nous croyons libres !

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    1. C'est exactement ça : le premier article m'a frappé parce qu'il questionne. C'est finalement très frappant que la femme dans sa pratique professionnelle ou sportive soit renvoyée à son corps ( ou à ses vetements, ce qui au final revient presque au même , à l'enveloppe en un mot ) et pas à ses convictions ou ses qualités morales.
      la mémoire est drôle, je ne me souviens absolument pas de ta remarque mais de notre place dans le train, du délice de la confiture du petitdej, de nos discussions et de vos sourires à Eolune et à toi. Je t'absous et t'envoie des bises!

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    2. hihi, merci pour l'absolution !!

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  2. Bonjour, je lis ton blog avec intérêt et j'ai eu envie de commenter cet article.
    Juste pour dire que j'ai toujours pratiqué du sport de façon "autonome" le plus souvent c'est à dire sans club, sans compagnie ( jogging, natation) avec qqs cours à côté de danse, yoga et...je n'ai pas de muscles apparents. Je suis plutôt ronde. Je me reconnais dans la phrase où tu parles des gens qui ne le font pas pour un régime. Moi je le fais pour le plaisir, pour l'énergie que cela me procure pour le bien être après...je ne suis pas performante avec mon corps, je n'ai jamais été très douée pour un sport. J'en fais sans pression du coup moins par exemple en ce moment où je me sens fatiguée, je m'écoute. Et comme on est jamais totalement satisfait, j'envie les personnes ayant des muscles, même si c'est pas ce que je poursuis, je me dis paradoxalement: "au moins on verrait mes efforts!". Après je profite des benefices au quotidien et je me suis forte et souple, je peux sprinter derrière un bus, soulever un gros sac, être endurante lors d'une marche etc.
    Ann

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  3. C'est une question que je me suis beaucoup posée à un moment, celle de la féminité, des muscles ,de l'apparence. Je faisais (beaucoup) de judo dans un environnent surtout masculin (30 gars pour 6 filles) et militaire. C'était à un moment où je me cherchais et réfléchir à ces sujets me permet de me positionner plutôt que de subir une histoire personnelle et sociale. J'avais trouvé ça à l'époque : https://www.cairn.info/revue-societes-contemporaines-2004-3-page-69.htm

    Je n'ai jamais été aussi tolérante avec mon corps (pas de petites remarques acides, ce genre de chose ) qu'à ce moment là : le fait d'avoir un corps qui répond parfaitement, s'améliore avec des efforts est vraiment jouissif. Dans ces conditions, correspondre à une norme extérieure ( pas du tout optimale pour l'activité que j'apprécie), c'est nul. Et mine de rien, avoir un corps actif, fort, capable de se dépasser, c'est aussi être de faire les mêmes choses en dehors du cadre de l'entrainement. C'est un truc que j'ai un peu perdu, d'ailleurs, vu que je pratique moins.

    Un autre point important, c'est que selon les sports, l'impact dans ma vie / ma tête / mes relations avec les autres change. Les arts martiaux me permettent d'être plus ouverte avec autrui et le yoga de me poser davantage par exemple. Et à nouveau, face à l'assurance que ça donne, avoir un corps un peu trop musclé par rapport à l'idéal de fragilité et de délicatesse, ce n'est pas gênant.

    Par contre, je me rend compte que j'ai quand même des limites vis à vis de ça : trop de masse musculaire, chez une fille ou un gars, entretenu uniquement pour l'esthétique, ça ne me parle pas,
    Et par rapport à l'article que tu cites, je me demande comment se portent les hommes peu musclés … ça ne doit pas être facile non plus.

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  4. Bonsoir
    c'est toujours compliqué, qu'est ce qui est beau ou ne l'est pas;on ne voit pas mes muscles mais je suis contente ,je reviens de mon cours de pilate, parce que ce que je fais comme exercice m'aide à me sentir bien avec mon corps, a me tenir plus droite , à avoir confiance en moi.J'étais hyper fière dernièrement quand je suis arrivée au bout des 16 km de marche nordique. le sport que je pratique m'aide à être en meilleure santé, à me sentir bien dans ma peau , à ne pas me casser (j'ai de l'ostéoporose) trop vite.
    En plus il me sert à me détendre. Voilà pourquoi je fais du sport et ceux qui font des commentaires, eh bien tant pis....

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  5. J aime toujours autant ces articles. Il y a toujours matière à penser, réfléchir.
    Je crois au lien corps -esprit.
    J ai fait des arts martiaux pendant plus de quinze ans et le gout de l effort,de pousser son corps , l'endurance ,le travail sur la volonté donne effectivement confiance, des ailes pour le quotidien. On se s'en bien dans en corps et sa tête. On gère mieux le stress .
    Suite à une blessure, je suis partie sur le yoga, le pilates, la méditation.
    Le rythme est différent, on y retrouve la respiration, le corps et l esprit s équilibrent.

    Le didakt du corps parfait =personne bien,à suivre est bien là dans la société, c est certain.
    j ai surpris Une de mes jeunes collègues s exclamer haut et fort qu' elle n avait que du mépris pour celles qui "se laissaient aller "physiquement.
    Clairement sur 80 personnes ,un petit quart
    Pourrait avoir grâce à des yeux.
    Je ne parle meme pas de la gente masculine ...si on ne fait pas du 36,et qu' on a moins de 25 ans,on existe pas.
    Qui aujourd'hui se soucie de ce qui caractérise une personne d une autre.ce qu' elle raconte,son histoire, des valeurs, qu' est est son coeur, ce qui l'a fait vibrer.
    Les apparences avant tout.
    Je sais bien que pour être socialement accepté, il faut
    "Se conformer "un minimum aux "codes en vigueur ....il me devient de plus en plus difficile de parler et trouver des gens"vraies "qui parlent avec leur coeur,sans calcul etc....

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    1. Hello
      J'aime beaucoup ta réflexion car mon corps depuis peu a changé. Pas par le sport mais par le travail; abdos, mollets, et bras plus musclés. cela ne me dérange en aucune façon et bien au contraire. J'aime le fait de savoir que mon corps est musclé car c'est mon boulot (plutôt masculin à la base) qui me fait évolué et me rend plus forte physiquement aussi. Je trouve même cela plutôt joli surtout sur le buste, on se sent dynamique. Ce que j'aime aussi c'est pouvoir tout me permettre: me sentir très masculine au travail dans mes vêtements, mon comportement, si je le veux et me sentir très féminine en dehors, de part la couture notamment. La dualité ne me dérange pas dut tout, je choisis et je n'en suis pas moins femme. Et les muscles ne vont pas à l'encontre de cela!

      Mais effectivement, lorsqu'une femme ou un homme de façon générale se laisse aller ou fait trop de sport, il y a toujours un commentaire, un reproche, je vois cela dans ma famille et c'est très contradictoire!

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  6. Je n'ai jamais eu de réflexions de ce genre et je m'apercois que j'ai de la chance, peut-être parce que je reste dans la norme tout simplement. Mais le fait est que maintenant à 40 ans, trop ou musclée ou trop grasse ce sont des réflexions qui ne me touche plus, le corps qui est beau c'est celui avec lequel on est en accord et ce quelque soient les diktats. Et c'est cette position là que je défend quelque soit le point que pointe mon interlocuteur parce que oui, le corps n'est qu'une partie de soi....

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  7. Ce qui me dérange c'est l'équation "activités physique" = sport! Que dire di vélo, de la marche, du jardinage, du jeux libre, du camping? Très choquée aussi de la remarque sur tes mollets (tout de même bien dessinés). Que dire alors de mon ventre flasque! Je te rejoint dans la force physique et la force mentale.

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  8. Oui le sport donne confiance en soi, permet d'évacuer le stress et les humeurs noires. Ca fait partie de ma vie mais j'en parle peu. Je sais que pour beaucoup (notament collègues) je suis "bizarre" car j'ai des activités et des intérets différentes des leurs. Ma famille aussi parfois. Mais bon....Je vis ma vie comme je l'entend et ils pensent ce qu'ils veulent. ET il y a des petites revanges (c'est pas gentil de s'en réjouir mais c'est parfois bon pour le moral) A mon age; bcp ont mal ici, mal par là, trop de cholestérol, trop de tension, des insomnies etc Etre en forme, manger "raisonnablement" permet d'éviter pas mal de misères et de mieux profiter de la vie. ET, cjiché sociétal ou pas, je me préfère un peu musclée qu'avec un ventre qui pend, des bras qui ballottent et de la cellulite partout. Les animaux sauvages (je ne parle pas de ceux qui vivent avec les humains et ont le même style de vie : gamelle/canapé) sont naturellement minces et musclés, sans excès de poids. même si un éléphant n'a pas la même silhouette qu'un guépard :)
    Merci pour tes réflexions et ton blog? J'y suis venue pour la couture mais il y a bien d'autres choses intéressantes

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    1. Je suis en train de lire Femmes qui courent avec les loups, et globalement, même s'il y a des points auxquels je n'adhère pas, j'aime beaucoup l'hypothèse que la femme est comme les louves, les lionnes, un être fort et que c'est la société et la culture qui en a fait un être sans défense et recluse pour son bien.
      C'est sur cette lecture que j'ai médité dimanche pendant un trail boueux de ...25 kms, bouclés en 2h10 :-)

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    2. Ç est celui que je lis aussi en ce moment ;-)
      À de transmettre de mère en fille, femme à femme.
      Extraordinaire.

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  9. Femmes qui courent avec les loups a changé ma vie! Je l'ai lu à 21 ans et le relis régulièrement. Oui, un être fort mais qui a des besoins de protection à certaines phases de sa vie.

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  10. Femmes qui courent avec les loups a changé ma vie! Je l'ai lu à 21 ans et le relis régulièrement. Oui, un être fort mais qui a des besoins de protection à certaines phases de sa vie.

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  11. J'ai un rapport au sport compliqué: Ayant des vrais problèmes de coordination (du moins je le pense), enfant, j'étais mauvaise en sport. Je faisais des efforts, j'essayais de mon mieux, mais j'étais nulle. Depuis, je suis plutôt devenue "sportive" (pas très sportive, mais relativement tonique). J'ai fait des arts martiaux et des sports de ce type, et je suis grande. Du coup, je n'ai pas peur, je me sens en confiance (dans la rue, je n'ai pas peur de me faire agresser). Tout ça pour dire que je pense que oui, il y a un diktat énorme du physique, encore plus chez les femmes. Mais ce n'est pas que par rapport au sport. Les femmes politiques sont toujours commentées sur leur tenue ou leur physique, par exemple. Ce sont des femmes politiques, ça n'a aucun rapport, non? Le corps des femmes est un bien publique, les gens se sentent le droit de formuler des commentaires sur leur apparence ou ce qu'elles en font. Alors que quand on y réfléchit, comment on peut se permettre ça? Sérieusement? De toutes façons, on est toujours trop quelque chose ou pas assez. "trop plate, une femme doit avoir des formes", "trop sportive, pas assez féminine", "trop grosse, elle se laisse aller" etc etc...
    Par ailleurs, je pense que certains hommes ne sont pas à l'aise avec les femmes "fortes" et capables d'ouvrir les pots de confiture sans aide, de porter les bagages, de ne pas avoir à être protégées. Pas forcément que des gros machos, d'ailleurs.
    Quand à trouver que c'est joli ou pas joli, c'est comme tout, histoire de goût, peu importe. Personnellement, à chaque fois que tu montres des photos de toi portant tes vêtements "home made", je me fais la réflexion que tu es très jolie. Peu importe que certains te trouvent trop ceci ou trop cela. On les em**** (oui ça me rend vulgaire, mais ça m'énerve) (ça aussi, dire des gros mots "c'est pas féminin". Grrrr)

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