mardi 20 janvier 2015

Les mains dans l'argile : toi, nous et la leucémie # 22

C’est en juillet aussi, qu’un jour en nous installant dans notre chambre, nous avons fait la connaissance de Jean et de sa maman. Jean habite en Haute-Savoie, il a 7 ans et souffre depuis 18 mois de terribles douleurs au genou. Sans doute la croissance, leur a –t-on dit. Ici, à l’hôpital, on a découvert des cellules malignes dans son genou. Je nous revois, sa mère et moi, assises sur son lit à comparer en riant vos calendriers de traitement. Pas de problème, se disait-on, Jean sera remis pour la saison de ski.
Jean t’apprenait à jouer au Monopoly. Sa maman était toujours en mouvement, drôle et combative. Dans notre chambre, elle tenait à prendre un petit-déjeuner complet, à boire une tasse de thé alors qu’il y avait longtemps que nous avions renoncé à faire autre chose qu’à grignoter. «  Vite, ma crème de jour, mon mascara » riait-elle quand les infirmières poussaient la porte pour les soins. Ce n’était pas de la coquetterie, plutôt un mécanisme de survie. Et puis, cela faisait sourire son fils.
Nous étions tous prêts à toutes les excentricités pour voir un sourire fleurir sur vos lèvres.
Un jour, en revenant de la salle de jeu, en poussant la porte de notre chambre, nous avons été arrêtés par un attroupement de médecins. Nous nous sommes retirés et installés dans le salon. Une heure. Deux heures.
Jean a aussi des cellules malignes dans le bas du ventre et dans le liquide céphalo-rachidien.

Au cours de l’été, nous avons eu le grand bonheur d’avoir la visite de notre amie Hélène. Elle habite New-York depuis quelques années avec son mari et ses enfants. Quand elle a su que tu étais malade, elle s’est arrangée pour venir nous voir. Sa présence a été un rai de soleil dans notre obscurité.
Mon cœur s’est dilaté de tendresse. Elle a réussi, en étant là, simplement et complètement présente, à nous transmettre de la force, de la foi, de la confiance. Et Dieu sait combien nous nous sentions seuls et abandonnés en ces mois-là, combien nous désespérions.
Elle a sorti de son sac une casquette des New Yorkers, que tu viendrais à mettre chaque jour pour protéger ton crane nu des regards et des courants d’air. Une batte et une balle de base-ball, comme la preuve d’un monde heureux.

4 commentaires:

  1. Merci pour ces textes magnifiques... J'ai découvert votre blog il y a quelques temps, et j'ose aujourd'hui poster un commentaire. Lire le récit de la maladie de votre enfant m'a permis de prendre conscience de choses qui se sont passées juste avant ma naissance (ma soeur ayant été très gravement malade alors que ma mère était à 7 mois de grossesse)... Je vous remercie vraiment d'oser publier ce témoignage, et d'arriver à me faire sourire au milieu des larmes que vos écrits provoquent.
    Sur un tout autre sujet, je vous remercie aussi pour le yoga ! Mon mari (pourtant pas vraiment enclin à ce genre d'activités...) a accepté hier de tester un peu de yoga du soir (video trouvée sur you tube !!!), et nous avons tous les deux décidé de retenter ce soir ! J'espère qu'on va réussir à tenir le rythme (10 à 20 mn au moins 3 soirs / semaine...).
    Vraiment bravo pour votre blog. Vous lire me fait un bien fou (et je ne parle même pas de la couture...).
    A.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci A. pour votre mot, tellement gentil.
      Super pour le yoga : j'espère que vous tiendrez dans la durée!

      Supprimer
  2. Je suis pleine d'admiration pour tout. Merci de partager à travers vos écrits très enrichissants et émouvants. Léa

    RépondreSupprimer