mardi 14 octobre 2014

Les mains dans l'argile, toi, nous et la leucémie #15

Tu demandes sans doute comment ton Papa a vécu tout ça ? Dès la première seconde, il s’est engagé à tes côtés, totalement.
Je me souviens des premières semaines où il te lisait tes résultats d’analyses sanguines ( tu avais 2 ans et demi) et te disait « là, c’est bien. Là, on est pas à l’objectif, on va faire mieux ». Il t’a lavé, nourri, t’a distrait, t’a fait tes bains de bouche, a changé tes couches toutes les deux heures, toutes les nuits à cause de l’hydratation intensive . Il a chanté des chansons, joué aux cubes, regardé Petit ours brun en boucle. Il a été la permanence rassurante auprès de toi.
Nous nous étions faits la promesse de ne jamais te laisser seul. Nous nous sommes relayés, tes grands-parents, Papa et moi et tu ne l’as jamais été.
D’une vie dépourvue de sens, chercheur d’emploi dans une période de crise, Papa est passé à une vie au service de la vie, à une vie de combat quotidien, une vie au service de ta guérison. Sa vie a eu un sens, le but le plus noble qui soit.

deux
Deux mois entendre enfin une bonne nouvelle bien vite mise en balance par les complications imprévues et imprévisibles du quotidien...
Deux mois pour apprendre que le fil de la vie est ténu et qu'un microbe peut désormais le briser.
Deux mois pour s'inventer une nouvelle vie, avec des plaisirs modestes mais qui sont pour nous des sommets.
Deux mois, c'est tellement long et tellement court à la fois.

A la fin de ce printemps-là, après que les chimiothérapies aient commencé à te faire vomir, après que le nombre de tes globules blancs soit devenu presque nul, après que tu sois devenu un abonné des transfusions, la fièvre a commencé de grimper. Elle grimpait sans s’arrêter et ton rythme cardiaque s’affolait. 150, 160, 180…Les machines bipaient. La porte de ta chambre s’ouvrait et se refermait sur une infirmière, un interne, un médecin, le chef de clinique.
On t’a très vite branché sur des antibiotiques. Sur des doses massives d’antibiotiques. Sur des doses massives de différentes sortes d’antibiotiques.
Nous avons découvert très vite qu’un staphilocoque avait profité de l’accès royal constitué par la voie centrale pour s’installer confortablement dans ton organisme affaibli.
A un moment, tu as ouvert un œil et la nouvelle t’a enchantée :
-«  un staphilocoq ? La prochaine fois, j’essaierais d’avoir un staphilovache.  C’est rigolo les vaches ! »

Le temps de se remettre de cet épisode, et de la chimio précédente, à moins que ce ne soit de la chimio suivante, tu gambadais dans le couloir de l’hôpital très occupé à jouer avec une balle. Papa suivait, baissait ton tee-shirt, remontait ta couche, poussait la perche. A un moment, tu t’es penché et Papa a reçu dans la main un petit tube très fin, ensanglanté. Une tache de sang fleurissait également sur ton tee-shirt à l’entrée de la voie centrale.
Ca a été l’affolement général : la voie centrale était tombée. Tu étais sans défense immunitaire, à cœur ouvert, dans un couloir.
Il a fallu programmer en urgence une deuxième anesthésie générale, une deuxième voie centrale, qui serait posée dans ton bras. Nous nous opposions à cette localisation, arguant de la gêne que cela t’occasionnerait et de la fragilité de ce matériel.

Rien y a fait. Le lendemain matin, tu as été médicamenté. Papa s’est chargé de te doucher au désinfectant et tu es reparti au bloc.

4 commentaires:

  1. Chère Lathelize,

    Comme à chaque nouvel article je suis impressionnée par le courage dont vous avez fait preuve, ton mari, toi, tes parents et beaux-parents, et Stanislas. J'avoue que la répartie "stafilocoq/stafilovache" m'a fait rire: c'est fou la ressource des enfants!
    Bon allez, je vais re-prendre rendez vous pour donner mes plaquettes car tu nous rappelle qu'au bouot de chaque don il peut y avoir un enfant comme ton fils.

    Bonne journée,

    Céline

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  2. Merci pour les plaquettes : c'est un don inestimable!

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  3. Je viens de lire votre article avec attention. Ma journée a été arrassante, pleins de problèmes à gerer, mais que cela parait futile à côté de ses mots touchants.
    Ca remet les idées en place.
    Belle continuation à vous.
    Hélène

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    1. Merci, Hélène, d'avoir laissé un petit mot en dépit de la journée épuisante!

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