lundi 17 mars 2014

Les mains dans l'argile - toi, nous et la leucémie #1

Ce travail d'écriture est le fruit d'un long cheminement, commencé avec le psy de la maternité. Il ne s'agit pas d'un compte-rendu médical ou technique. Il n'y a pas d'intention exhibitionniste mais juste une volonté de témoigner et de donner de l'espoir à ceux qui se battent contre la maladie. Je raconte cette épreuve de mon point de vue, avec ma sensibilité.
Et si vous voulez faire un don pour lutter contre le cancer, c'est ici.

C’est la première nuit. Je suis dans ta chambre. Dans ton lit. Dans la chambre d’à côté, mes parents ne dorment pas. Ils chuchotent ; Moma pleure.
 Il y a quelques heures, ou peut-être était-ce dans une autre vie, nous avons appris que tu étais malade. Que ton sang ne contenait plus de plaquettes, plus de globules rouges mais seulement des globules blancs fous. Que ton état est si grave qu’on ne pouvait pas te transporter dans l’hôpital d’oncologie pourtant situé à un demi kilomètre de là. Qu’on ne savait même pas si tu allais vivre au-delà de la nuit qui s’étend devant moi.
C’est un supplice de voir les minutes s’écouler si lentement ; c’est un supplice de ne pas être avec toi. Je pense que tu as peut-être quitté ce monde et que je ne t’ai pas tenu la main. 
Beaucoup plus tard, l’aube poindra et je me ruerai dans le département des soins intensifs pour te trouver piqué, percé, plein de tubes et d’appareils qui font du bruit,  mais les yeux clairs et le sourire aux lèvres.

Tout avait commencé quelques semaines avant, au cours d’un hiver infiniment long et rigoureux. Les semaines de neige succédaient aux semaines de grand froid. Tu pâlissais sans que nous pensions à autre chose qu’aux bobos de l’hiver. Tu fatiguais sans que nous pensions à autre chose qu’aux « terrible twos ». Un rendez-vous chez le médecin en appela un autre, après un week end que nous avions passés l’un pelotonnés contre l’autre, moi enceinte de 4 mois et toi pantelant de fatigue, à regarder tomber la neige dans notre rue. On nous parla d’allergie et de traitement homéopathique et puis peut-être éventuellement d’une prise de sang.

Un sixième sens ou l’instinct de protection peut-être nous a conduit à laboratoire d’analyses médicales un samedi matin. Le 13 mars 2010. A 11 heures. Une coïncidence, un hasard, un miracle, appelle-le comme tu le souhaites, a placé sur notre route la biologiste. Elle t’a vu, t’a souri et nous a dit « si vous êtes d’accord, je prends un tube de plus. Je voudrai vérifier quelque chose ». Nous avons acquiescé et sommes rentrés.

19 commentaires:

  1. oh oui continue ...:)
    quelle belle écriture sensible tu as ! comme tes dessins tout en délicatesse et impressions légères suggérées ....;)

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  2. Sensibilité et belle écriture, font vibrer mon petit coeur de maman.
    Témoignage poignant. Épreuve que je n'espère jamais vivre.
    "La vie comme elle est"

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  3. Que ça dut etre dur d'écrire tout ça...merci de nous rappeler à quel point nous les autres avons de la chance à ne pas etre malade

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    1. Je pleure beaucoup effectivement et me surprends à me rappeler de détails très précis. J'espère que l'écrire m'allègera un peu.
      Merci

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  4. J'attend la suite, c'est très beau, j'aime beaucoup ta manière d'écrire sur le sujet (j'ai lu ton article en début d'après-midi et j'y ai repensé toute la soirée en me disant que je n'y avais toujours pas laissé un petit mot, ça me travaillait)

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    1. Merci.
      J'écris en pensant à Stanislas. Je me dis qu'il y aura certainement un moment où il aura envie de savoir comment ça s'est passé, comment on l'a vécu.

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  5. oui, continue, il y a peut-être mille raisons de la plus noble à la plus ... "douteuse" (jugeront certains ?) de le faire, mais tu ne pourras jamais regretter d'avoir craché hors de toi ce qui peut te gangrener ... ! je pense à toi / à vous !!

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    1. Merci, je progresse petit à petit. Et je me dis quand tout sera écrit, je commencerai à pouvoir oublier

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  6. Merci de partager ça... c'est difficile à lire mais tellement bien exprimé. Si tu l'écris ici, c'est que ça doit te faire du bien de le raconter. On ne voit pas toujours le bonheur du quotidien...quand tout va bien.

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    1. profite du jour présent, profite de ceux que tu aimes, dis-leur combien ils sont importants : c'est la grande leçon qu'on en a tiré (et aussi que la vie est un miracle et ne tient qu'a un fil)

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  7. Que d'émotions passent dans ce texte. Merci de nous laisser ce témoignage et bravo d'avoir le courage des mots et celui de la vie !

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  8. Merci de partager tout ça. L'écriture a un grand pouvoir thérapeutique (parole de psy !), elle a 1000 bienfaits et ouvre le cœur et l'esprit, afin de pouvoir faire "sortir" tout ça, regarder vers l'avant, maintenir le cap...avancer.
    L'émotion nous touche et nous permet aussi d'ouvrir les yeux...
    "Les mains dans l'argile" me fait penser à ce chant religieux qui commence par "Comme l'argile se laisse faire entre les mains agiles du potier..." Peut-être le connaissez-vous ?
    Je vous souhaite une belle journée printanière.
    Elisabeth

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    1. Merci Elisabeth.
      Je ne connais pas le chant mais vais le chercher.
      Les mains dans l'argile font référence à un atelier d'art que nous avions fait à l'hopital. Nos empreintes dans l'argile ont été émaillées et installées sur le rond-point devant l'hopital.
      Elles incarnent le fait que nous ayons laissé un peu de nous même dans ces couloirs.

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  9. Un témoignage important à sortir pour toi, et c'est l'essentiel, nous sommes ici chez toi, et c'est une grâce de pouvoir lire tes mots partagés de cette période difficile pour vous. Tes mots pourtant denses en émotion, transcrivent à peine j'imagine, l'émotion vécue et l'angoisse vissée au corps, qui ont du vous accompagner des années, tout en célébrant chaque jour la vie. Tu écris "beau". Une écriture aussi de grande lectrice :). Des mots sobres et bien posés, je te souhaite aussi que cette écriture soit cathartique des mauvais moments, pour ne garder que l'histoire et les souvenir de cette aventure. Oui c'est important pour plus tard, pour qu'il lise. J'ai vécu une petite aventure enfant à 5 ans (bien moins grave et qui n'est pas liée à une maladie, mais plus à un vécu d'abandon), j'aurais aimé qu"il y ait des mots, des traces pour m'en rappeler. Je n'en garde que des émotions angoissantes cachées en moi, sans avoir d'images ni de souvenirs précis que même 9 années de thérapie n'ont pas réussi à faire remonter... Bises

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    1. Merci pour ton mot. Je suis convaincue qu'il faut que j'écrive pour qu'il sache ce que nous avons vécu et ressenti. De même que j'ai fait quelques photos (horribles) de cette période pour qu'il y ait des traces et pas juste un vide

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  10. Chut.....tu m'as touché, encre et toujours mais chut.....

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  11. C'est drôle, je voulais écrire "encore" et j'ai écris "encre"....

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  12. Je suis très touchée... La leucémie m'a enlevée ma meilleure amie il y a plus de 5 ans.
    Je suis sûre que Stanislas te sera reconnaissant pour ce texte si bien écrit, lui qui était si petit au moment des faits.
    @bientôt

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