lundi 23 juin 2014

Les mains dans l'argile : toi, nous et la leucémie # 7

C’était un dimanche. Je savais qu’il faudrait encore une fois que je m’arrache à vous, que je quitte cette chambre pour regagner notre appartement, qu’il faudrait que j’affronte la nuit. Qu’il faudrait que je me lève, que je m’habille et que j’aille travailler. Qu’il faudrait que je dise la criticité de ton état et que je m’organise.
J’ai envoyé un mail à la DRH dont je dépendais. Les mots s’emmêlaient dans ma tête, c’était comme si l’écrire, le dire à de tierces personnes rendait les choses réelles, définitives même. 
Nous avons appris, samedi 13 mars, que Stanislas avait une leucémie aigue.
Son traitement a commencé dimanche 14 mars après transfusion et sans attendre les résultats des analyses.
Nous nous préparons, dans le meilleur des cas, à des mois de lutte.
Isabelle

Quand j’ai été sure qu’il ne se passerait plus rien ce soir-là, j’ai quitté l’hôpital et je suis rentrée à pied. J’ai appelé ton oncle, Guigou et ma voix s’est brisée. J’ai pensé à mon autre frère qui devait s’envoler quelques jours plus tard pour le Japon et me suis demandée si je devais le laisser partir dans une bienheureuse ignorance.
J’ai poussé la porte et j’ai haï violemment cet endroit, où tout me ramenait à toi. J’ai eu envie de faire un grand feu et de contempler notre vie partir en fumée.
Au lieu de le cela, j’ai appelé mon amie Mélanie. Elle était à Paris, au restaurant. Très loin, très doucement, elle a trouvé les mots qui apaisent et j’ai pu me glisser dans le sommeil.

Le lendemain, à l’aube, j’ai enfourché mon vélo et dans le vent qui fouettait mon visage, j’ai pleuré.

Quand mon chef est arrivé, en quelques mots, je lui ai expliqué la situation et je suis repartie, avant que les autres salariés n’arrivent.

La journée s’annonçait sans fin entre les divers rendez-vous qu’il nous fallait honorer : anesthésie, équipe médicale encore, assistante sociale.
Je serrais dans ma main un de mes colliers que tu voulais porter. Un petit pendentif en forme d’étoiles. Et quand je l’ai passé autour de ton cou, j’ai espéré que quelqu’un, là-haut, veille sur toi.

Pendant cinquante jours, chaque jour allait se réveler pire que le précédent.

1 commentaire:

  1. Comme trouver les mots devient difficile... Après notre lecture, mais surtout dans ces moments-là. Il y a les mots, les pensées, les présences, les silences aussi...et la confiance, la foi en Quelqu'un, qui peut aider beaucoup.
    Je pense à vous.
    Belle soirée et bonne semaine.

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