mardi 3 mars 2015

Les mains dans l'argile : toi, nous et la leucémie #25

Le 6 août au soir, tu es rentré à la maison pour le week end. Tu as quitté l’hopital en courant et tu es tombé, comme chaque semaine, quelques mètres plus loin. L’ivresse de la liberté te faisait oublier que tes jambes ne te portaient plus.
Le 7 août, à 6 heures du matin, des contractions m’ont réveillé. Ton petit frère profitait de ces deux seuls jours de liberté pour pointer son nez avec un mois d’avance.
A 7h15, nous étions devant la maternité. Moma nous attendait et est partie avec toi pendant que nous nous hâtions vers les urgences.

Ivre de douleur et de fatigue, j’ai accepté la péridurale. Je me suis abîmée dans un espace-temps glacial et sans repères. Je savais que la psychiatre de l’hôpital avait laissé un mot pour qu’on ne m’envoie pas dans une autre maternité. Pour que je n’aie pas à expliquer non plus l’absence, probable, de ton papa.
Gautier est né et a crée autour de lui une bulle de douceur.

Le professeur qui me suivait nous avait fait la surprise d’une chambre particulière, tout au bout d’une aile inoccupée ou presque. Dans la plus grande discrétion,  tout avait été fait pour rendre possible ta visite.
Et tu es venu le lendemain, ému et fier. Ta rencontre avec Gautier a été un de ces moments parfaits. Vous vous êtes regardés. Vous vous êtes reconnus. Tu es devenu tout pour ton frère et il est devenu tout pour toi.


Et puis tu as dû nous quitter pour réintégrer ton propre hôpital. Cela a été un déchirement et pour la première fois, depuis de longs mois, tu t’es cabré, tu as refusé de te plier au programme. Tu as pleuré et crié.
Dans ma chambre, je me suis couchée, ton frère langé serré dans mes bras, j’ai fermé les yeux et j’ai souhaité arrêter le temps.

Le lundi, Popa et Moma sont venus me chercher.
 Au milieu de toutes ces familles réunies et joyeuses, j’ai cru me noyer.  Je voyais des enfants surexcités venir chercher le petit dernier, je voyais des pères émus qui sanglaient les nacelles dans les voitures. Je voyais la fête. Et je nous voyais nous, naufragés et séparés.

Il n’y eut de première nuit. Gautier ne dormait pas. Eveillé, il geignait doucement. Il refusait le sein et ne dormait que par tranche de 45 minutes.
Je le serrais dans le porte-bébé, bien fort contre moi et des heures durant, je tournais dans l’appartement.
Plus tard, lorsque je reprendrai le travail, ce sera Moma qui reprendra le flambeau et regardera, nuit après nuit, les heures pousser les heures et le ciel enfin s’éclaircir


Aujourd’hui encore, je me sens responsable de l’angoisse de Gautier et de ses insomnies.
Aujourd’hui encore, il lui arrive de se réveiller en pleine nuit et de te chercher.
Aujourd’hui encore, il cherche des prétextes pour s’endormir dans tes bras. Et il n’y a que quelques mois que nous vous avons installés chacun dans un lit, dans une même chambre, proches mais séparés.
Aujourd’hui encore, il se met à hurler quand il est question d’hopital.
Aujourd’hui encore, lorsque nous parlons de quelqu’un perdu de vue, il demande «  Il est malade ? Il est mort ? »

Il aurait fallu que je gère mieux ma détresse, il aurait fallu que je lui, je nous, ménage une bulle de sérénité. Mais la maladie t’a volé ton enfance, a volé ma grossesse et l’insouciance de ton frère.

lundi 2 mars 2015

Nos jours heureux - février 2015

Ce qui nous a rendu heureux en février:

* nous avons dévoré une montagne de crêpes pour la chandeleur

* la neige a recouvert de blanc tout le jardin


* pour la première fois, nous avons vu les baïnes et l'écume gelées en baie de Somme (et Amaury, une marée avec un coefficient de 118)


* Stanislas, Gautier et moi avons coulé des jours heureux dans nos chères montagnes, en compagnie de Popa et Moma : certains ont fait du ski, d'autres du yoga , nous avons vu les copains et mangé de la glace à la neige, certains ont dévoré bon nombre d'albums de Tintin, d'autres sont allés à la piscine...




* Nous avons flâné, malgré le temps glacé, sur les quais de Saône rénovés et avons visité le très beau ( et très neuf) musée des Confluences qui a, entre autres, de splendides squelettes de dinosaures.



samedi 28 février 2015

Un rêve de potager : la saison est lancée!

Un samedi de février, alors qu'il faisait inhabituellement doux et que le soleil faisait une timide apparition, nous avons décidé que les auspices étaient favorables pour lancer le potager 2015.


Dans des boites d’œufs ( j'avais lu que les boites d'oeufs aisément biodégradables font des godets parfaits et qu'on peut les replanter tels quels), nous avons planté :
- laitue
- ciboulette
- basilic
- coriandre
- haricot ( parce que les graines étaient tellement belles qu'il était impensable pour Gautier de ne pas essayer tout de suite)
et nous les avons rentrés, les laissant en garde à Amaury pendant les vacances.


Nous en avons profité pour installer le premier big bag et quelques-uns de ses satellites selon la technique des lasagnes ( notre compost est malheureusement trop récent pour avoir pris sa place ).

Notre expérience de "poireaux éternels" est toujours en cours : je vous en reparlerai bientôt!

Bouquinons #62 : attention livres marquants!

 La patience du franc-tireur est une histoire d'art urbain, une réflexion sur l'influence et son pouvoir, une réflexion sur la responsabilité. C'est un livre qui se lit d'une traite. Les personnages ont une profondeur que je n'avais pas encore rencontrés chez Perez-Reverte.
A lire de toutes urgences!


Le passeur de Dieu est un livre un peu spécial, écrit par un journaliste ordonné prêtre à 40 ans.  C'est un livre dont j'ai détesté l'écriture, ampoulée et prétentieuse, un peu à la Beigbeder, un livre dont on se dit que l'auteur doit être odieux et confit de suffisance. Mais les dialogues sont de pures merveilles d'amour, d'empathie, de compassion. Les questions posées sont existentielles et les réponses apportées sont rédemptrices.
Bref, si vous êtes dans une phase de doute et de questionnement, prenez le temps de le lire et revenez me dire ce que vous en avez pensé!


Attention chef d'oeuvre! 
J'ai commencé par retour à Killybegs et ça a été un choc : la puissance de l'écriture, la densité des personnages et la prise de conscience de la saleté de cette guerre. Guerre si proche géographiquement, si récente, guerre si discrète...Retour à Killybegs, c'est l'examen de conscience d'un des leaders de l'IRA dont on apprend qu'il a fourni des renseignements aux Anglais pendant 20 ans, c'est le passage juste suggéré, si léger, de la loyauté à la trahison. D'ailleurs, est-ce vraiment une trahison et pas une lassitude?
Mon traître, c'est la même histoire racontée par un autre protagoniste.

mercredi 25 février 2015

A la recherche du patron de pantalon parfait # 3 : le pantalon japonais Female spring 2010

Nouvelle tentative avec un patron déja testé en 2012, patron issu du magazine japonais Female spring 2010. Ce n'est ni tout à fait le même ( il est plus ajusté, il a des poches italiennes, sa taille est légèrement plus basse), ni tout à fait un autre ( il est issu du même coupon de velours mille-raies noir, il a un zip sur le coté et une ceinture un peu large).


Même attention portée à la découpe pour avoir les poils du velours dans le même sens. Sauf qu'il manquait un morceau pour avoir la ceinture parfaitement dans le droit fil, donc vos yeux puristes noteront un délicat changement de teinte.
C'est un modèle que j'avais déjà cousu. Sobre, il ne présente aucune difficulté et a de jolies petites poches!
Le précédent était modérément confortable car, ne lisant pas le japonais, j'étais passée à côté du fait qu'il fallait un tissu avec un peu d'élasthanne.
Erreur évitée cette fois-ci.
J'ai découvert en faisait ces tests de pantalons que les coutures de coté se cousaient en point renforcé ( des points triples qui renforcent les coutures). Et oui, c'est basique mais je pense gagner en durabilité!

Ce pantalon a passé avec succès le "test du popotin", à savoir ne pas pocher, ne pas surdimensionner le dit popotin, ni le mouler de manière excessive. Le "test de la culotte" est également positif : agenouillée, la taille ne descend pas en-deça d'un niveau décent (et ne dévoile donc pas l'élastique de ma culotte).


Mon pantalon est :
- seyant: 4/5. Oui, je trouve qu'il met en valeur mes jambes et coupe affine le ventre.
- polyvalent: 3/5. Cette coupe me semble plus sportswear que la précédente. Qu'en pensez-vous?
- compatible avec le reste de ma garde-robe : 5/5. Et oui, il est noir aussi!
confortable : 5/5. Effectivement, ce modèle requiert l'utilisation d'un tissu contenant un peu d'élasthanne. Cette précaution prise, il est parfaitement confortable.
17/20, c'est une réussite (je me demande pourquoi j'ai attendu si longtemps avant de coudre des pantalons!)


Avant de passer au vote pour désigner un gagnant, je vais faire un dernier test en remplaçant :
- le patron Vogue V2948 (qui a mon grand regret commence après lecture minutieuse du tableau de taille en 36) par le patron de pantalon de base du livre japonais Blouse, skirts and pants. Mon patron préférée de chemise en est issu donc, très logiquement logiquement, j'ai très envie d'essayer le patron de pantalon ( qui commence en taille 5, alleluia)
- le velours noir par du velours kaki...

je vous laisse avec la photo floue du jour


La dernière fois


Aujourd'hui, demain ou hier, peu importe, j'ai vidé mon bureau, décroché la gravure qui trônait au-dessus de mon calendrier. J'ai rendu mon téléphone, vu détruire mes archives. J'ai retourné mes clés, mon badge, j'ai jeté mes cartes de visite.
J'ai fait le tour des bureaux. J'ai serré des mains, fait des bises.

Un peu plus tôt, j'avais réuni mon équipe.
J'ai dit mon immense fierté pour le travail accompli ensemble, depuis deux ans et demi. J'ai cité Mark Twain ("ils ne savaient pas que c'était impossible alors ils l'ont fait") pour souligner l'exploit consistant à  déployer un dispositif de  de formation à distance dans une entreprise non connectée. J'ai souligné combien le lien que nous avions construit avec nos clients internes était fort et confiant.
J'ai dit ma conviction que le chemin pris était le bon, que les chantiers lancés seraient des succès.
J'ai dit merci à mon chef pour sa confiance, et merci aussi pour tout le reste.
Merci à ma garde rapprochée,  pour leur enthousiasme, leurs yeux pétillants et leur capacité de travail. Et aussi pour les litres de thé engloutis et/ou renversés et les kilos de chocolat noir.
Et merci aux hommes et aux femmes qui me rapportaient, qui ont, tous, donné beaucoup d'idées et d'énergie.
J'espère que le vent leur sera favorable et que les graines que nous avons plantés feront de gigantesques arbres.

Demain, je commencerai une autre aventure, je repartirai dans un tourbillon d'idées, de projets, de discussions. Mais ce soir, je suis triste, après douze ans, de quitter ce Groupe, et surtout les hommes et les femmes que j'y ai rencontrés et que j'ai appréciés.