mardi 3 novembre 2015

Les mains dans l'argile : toi, nous et la leucémie #42

J’ai rassemblé toutes les nuances de bleu et toutes les nuances de gris ; j’ai prélevé un peu de mes coupons préférés et j’ai cousu une couverture. Elle est bien chaude et est munie de cordons pour la rouler aisément. Quand nous partons à l’hôpital, je la glisse dans la valise. Une fois que j’ai mis la main sur un lit pliant, un de ces lits réservé aux parents, je la déplie.
Sous ma couverture, la vie est moins dure. Nos mains se touchent, j’entends ton souffle et les pompes des médicaments qui ronronnent.

La montagne en automne se pare de nuances précieuses, de l’or et de l’émeraude, du rubis et du cuivre. L’air est léger. Nous profitons des derniers jours d’octobre pour partir.
Encore une fois, l’histoire se répète : les jours idylliques auxquels succède le cauchemar. Les bagages, le ménage, le retour direct vers l’hôpital.
Cette fois-ci, c’est une mucite qui te fait délirer de douleur. Quand le médecin de garde te fait ouvrir la bouche, ce n’est plus qu’infection.
L’arsenal complet d’antibiotiques est sorti, ainsi que des lasers pour t’aider à cicatriser plus vite. Il y a quelques nuits incertaines où l’infection ne cède pas, où les hémocultures se révèlent inquiétantes.
Tu es confiné dans ta chambre, dans le protocole d’isolement le plus strict. Nous portons à ton chevet, charlottes et blouses stériles.

 J’ai longtemps conservé, dans mon téléphone, notre photo dans cette tenue. On devine à nos yeux plissés que nous sourions. Popa était avec nous et faisait le pitre, se demandant comment il parviendrait à manger son plateau avec son bras dans le plâtre et sans quitter son masque. 
Tu vois, cette image est pour moi la preuve qu’on peut décider d’être libre et heureux. Que ce n’est pas une question de circonstances mais bien une question de choix. Et que ce n'est pas forcément dans les périodes difficiles que c'est le plus compliqué de faire ce choix, mais bien dans le confort émollient des jours ordinaires.

2 commentaires:

  1. Ceci rejoint une pensée à laquelle je me raccroche beaucoup en ce moment . L'idée que les gens heureux n'ont pas tout ce qu'il y a de mieux mais qu'ils font de leur mieux avec tout ce qu'ils ont.
    Je suis d'accord pour dire que le bonheur se décide.

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  2. Quelle belle leçon de vie à faire passer à nos enfants.
    Merci de nous faire avancer, nous qui sommes dans un confort quotidien que l'on ne mesure même pas.

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