lundi 26 mai 2014

Les mains dans l'argile - toi, nous et la leucémie #5

Sauf que. Sauf que les choses ne se sont passées comme prévu.
Ton papa a eu beau chercher, répondre à des annonces, courir à des entretiens, y croire et se battre, il n’a pas trouvé de poste.
La faute à pas de chance. La faute à la crise qui a durement touché le bassin lyonnais. La faute aussi aux idées étroites et aux personnes qui ont pensé et dit «  pas de parisien chez nous ».
Les mois ont passé, puis une année complète, d’autant plus sombres que le poste que j’avais pris s’est révélé très dur. Du chômage partiel en grèves, des réductions d’effectifs en menaces de mort, de convocations au commissariat en injures. Je n’osais pourtant pas en parler, je n’osais pas me plaindre parce que j’avais, moi, du travail.
Ton papa et toi faisiez front : vous alliez passer la journée à la campagne chez Popa et Moma, prépariez du pain, exploriez méthodiquement les parcs. Vous construisiez une relation très forte, une relation, qui se révèlerait prochainement notre plus grande force.
Mais dans le silence des soirées, je le voyais s’étioler. Le doute grignotait son optimisme légendaire et sa confiance en lui. Et un jour, il  a demandé si j’avais eu raison de prendre ce poste. Sa famille lui manquait.

Notre appartement, au premier étage sur rue, m’avait déplu à la première seconde. Je n’aimais pas son marbre au sol et son lino blanc au mur, ses chambres étriquées et sa cuisine sombre. Je n’aimais le quartier minéral, déserté le week end, et si proche des hôpitaux que les journées étaient striées des alarmes aigues des ambulances.

A bout de souffle, au début de l’année 2010, nous avions décidé de repartir en Ile de France.
Tout de suite après cette décision,  nous avons eu la joie de découvrir que j’étais enceinte.


Et puis le cataclysme.

5 commentaires:

  1. juste une toute petite question...Ecris tu cela comme ça, spontanément, où l'avais tu déjà écrit....? Je t'embrasse fort et sache que j'aime te lire, vraiment....

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    1. Je suis en train de l'écrire, en mettant à profit mes heures de TGV. j'ai un tout peit peu d'avance sur la publication. Et en écrivant, je me rends compte combien tout cela est encore net en moi

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  2. toujours un plaisir de te lire ! il faudra songer à publier .... ;)
    bisettes

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    1. Merci! Il faut déjà que j'arrive au bout!

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  3. J'ai travaillé 6 ans dans un service parisien de greffe de moelle, j'ai perdu ma cousine et meilleure amie d'une leucémie il y a plus de 30 ans, cette maladie me touche tout particulièrement ...

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