lundi 16 janvier 2017

Pour une enfance joyeuse - une question d'image


Cela fait des années que je m'interroge sur la relation entre l'image et l'identité. Et le phénomène des réseaux sociaux qui renforce, interroge, recompose celle-ci.



Il y a eu des années roses où des inconnus nous arrêtaient dans la rue, plusieurs fois par semaine, pour s'extasier sur la beauté de Stanislas, avec ses yeux en amande et ses boucles blondes.
Il y a eu des années noires où des inconnus fondaient en larmes, rassemblaient précipitamment leurs affaires et s'enfuyaient en voyant Stanislas, affublé de sa panoplie d'enfant cancéreux (lunettes de soleil, casquette et masque).
Comment s'est-il construit, comment construit-il encore son image ou la conscience de son corps? Se sent-il ange ou se sent-il monstre?
A-t-il remarqué ce revers subit de comportement? Cela l'a-t-il marqué ou laissé indifférent?

Aujourd'hui, je n'en ai aucune idée. Et j'appréhende l'arrivée de l'adolescence et sa cohorte de modifications corporelles.


Par ailleurs, quand je vois certains enfants exposés sur les réseaux sociaux, je me demande l'impact qu'a sur eux cette notoriété. Comment un enfant encensé pour sa beauté vit-il la puberté, les cheveux gras et l'acné? Se sent-il trahi par son corps? Par ses parents qui ont publié la photo?
Est-ce que publier d'innombrables photos de ses enfants constitue une déclaration d'amour? Est-ce une instrumentalisation, une "chosification" de ses enfants ? Je n'en ai aucune idée et je ne porte aucun jugement.

Je m'interroge encore. Pendant mes atermoiements, m’abstiens de publier des photos des enfants, du moins celles où ils sont reconnaissables.

Fidèles et réfléchies lectrices, avez-vous une piste de réflexion à m'apporter?

16 commentaires:

  1. Je me retrouve bien dans tes interrogations ! Ayant eu du mal avec mon corps à l'adolescence (ni plus ni moins que la moyenne je suppose), je me dis qu'une exposition aurait probablement rendu les choses plus difficiles. Mais ce ne sont que des conjectures, je ne peux pas en être totalement sûre. Alors comme toi je ne publie pas de photo sur laquelle mon fils soit reconnaissable, "better safe than sorry".

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  2. N'ayant jamais été confrontée au même souci vu mon âge ( jamais ne me viendrait l'idée d'exposer mes petits-enfants) j'apprécie votre attitude réfléchie et me questionne comme vous sur ce délicat sujet et plus généralement sur les conséquences de ces nouvelles technologies, ces réseaux sociaux ...ce monde dans lequel se forment et vivent les jeunes générations nées dans ce bain. Comment les protéger et les épanouir? Béatrice

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  3. Je m'interroge aussi... J'ai arrêté de laisser des photos de mes enfants sur des profils publics, comme FB. Mais ils sont sur le blog... avec leur accord certes mais avec quelle compréhension de l'implication ? Moi même n'en étant peut-être pas totalement consciente...?
    Les deux grands ont beaucoup de sensibilisation au collège sur les réseaux sociaux et l'image.
    Ce qui est une certitude c'est que l'image est plus qu'importe dans notre société. Il y a même une sorte de vénération, de fascination. J'ai du mal à savoir où me et les siuter, entre "rester ancré dans son temps" et refuser en bloc cette pression.
    Je veux dire, l'image n'est pas importante, je le sais mais je ne m'autoriserai pas à dire à mon enfant que ce n'est pas important si ca l'est pour lui aux yeux de ses camarades de collège...
    Pour l'instant je surveille, ils ont l'air de vivre ca tranquillement, mais l'adolescence ne fait que commencer...
    Bref, je suis en plein doutes quoi...

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  4. je me pose des questions évidemment aussi, mais une chose est hors de doute : déjà si en tant qu'adultes nous n'avons pas toute notre vie le même regard sur nous-mêmes, de quel droit imposerions-nous à nos enfants une image publique à un âge où les tenants et aboutissants du sujet ne sont pas clairs pour eux et où ils n'ont pas encore leur corps (donc leur conscience) d'adulte ??
    Et le 2e aspect de la question : l'irréversibilité de l'existence numérique est un danger en soi ! tellement peu de gens en ont conscience ! on ne peut pas défaire même avec la plus grande énergie du monde, ce qui a été publié une fois ... Je refuse catégoriquement d'imposer à mes enfants d'avoir à gérer un jour ou l'autre ces morceaux de leur vie (s'ils veulent avoir une existence publique, ils le feront d'eux-même plus tard - et en attendant, nous leur rappelons presque chaque jour que leur nom et leur image doit apparaitre le moins possible sur internet ...)
    Sans rentrer dans les détails, mon cher et tendre est professionnellement bien placé pour connaître la pertinence de ce choix et les dangers du contraire ...

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  5. L' amour du loup des steppes16 janvier 2017 à 11:09

    Bonsoir,
    Après mûre réflexion j' ai décidé de ne pas publié de photographies de mes enfants. Leur droit à l' image existe et leur droit à l' intimité aussi. Je suis personnel de direction dans l' Éducation Nationale et ces questions sont mon quotidien. La question de leur intimité est celle qui me taraude le plus.
    Merci pour ce partage Lathelize.
    Laetitia.

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  6. Belles interrogations, encore une fois. Les images de nos filles où elles sont reconnaissables, ne seront jamais publiées par nous publiquement. Je t'en ai envoyée une, on en publie avec un accès privé, pour la famille qui habite loin. Je partage le point de vue de Claire. Travailler avec des ados qui subissent ou publient parfois des insultes sur des réseaux sociaux, qui sont aussitôt accessibles et commentés, multipliés... (cela donne de bien plus gros soucis que lorsque les désaccords ou conflits avaient lieu en face à face...).

    Je pense que la confiance en son corps, en son image, est avant tout liée à la confiance en soi, à son amour propre, et donc à l'amour que l'on nous porte, au regard que portent sur nous les personnes qui nous aiment, et avant tout nos parents, depuis la toute petite enfance.
    Nous parlons beaucoup de la puberté et des relations intimes, dans le cadre des sciences et de l'éducation à la sexualité avec mes élèves. Et je peux constater que la confiance en soi n'est pas due à une quelconque beauté ou absence de beauté, mais à une confiance en soi, à un regard extérieur bienveillant. Il est vrai que les rapports entre eux, sont, je trouve, très compliqués et d'une rare violence à cet âge... ils sont souvent très durs envers eux-mêmes, très exigeants et ils sont souvent beaucoup plus angoissés que ce que ne nous pouvions être à leur âge (ils ont accès à beaucoup trop de choses, qui déforment leur vision de la réalité, et sont dans des rapports de comparaisons, de devoirs, etc. d'autant plus stressants que ce qu'ils pensent être des 'normes' qu'ils devraient atteindre n'en sont pas).
    Je ne sais pas si je suis claire, mais je crois qu'un enfant qui réussit à être plutôt bien dans ses bottes, ouvert, confiant dans les adultes, curieux, avec un esprit critique et un jugement propre, sera plus à même de ne pas subir de harcèlement à l'école, de participer à de grosses bêtises avec des copains, ou de se laisser démolir par des remarques ou jugements négatifs sur son physique... mais je ne sais pas du tout si je détiens la vérité !
    Bisous

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  7. J'ai à la fois des enfants grands (18 et 20 ans) et une petite de 10 ans. Pour moi je ne me pose pas de questions, mes enfants ne seront jamais montrés sur internet, du moins par moi. Pour les deux ainés, maintenant ils sont majeurs, ils font ce qu'ils veulent mais j'espère leur avoir inculqué la prudence.
    Je n'ai pas eu de vrai souci à l'adolescence, ils ont grandi en douceur, cela ne vient pas du jour au lendemain !
    Il y a eu les problèmes d'acné cependant qui ont été un peu compliqués à gérer car cela crèe de vrais problèmes d'image. Mais je n'ai pas l'impression qu'ils aient été moqués par leurs camarades, ils n'étaient pas les seuls !
    Je pense qu'il est important de répéter qu'on les aime, qu'ils sont les plus beaux à nos yeux, cela ne les rend pas orgueilleux mais cela les rassure et les aide à passer les caps de la vie

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  8. L' amour du loup des steppes16 janvier 2017 à 13:25

    Oui, je suis tout à fait d' accord avec Loutre. Répétons -leur combien ils sont beaux, uniques et importants!

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  9. Ces photos ci sont drôlement belles! Ces interrogations me parlent, car j'avais décidé de ne pas publier de photos de mes enfants... trop gênées par ces enfants chosifiés/starisés et mis en avant... Puis finalement je participe au 52 challenge, et ils font partie de mes photos instagram, qui relate les pépites de mon quotidien... Je m'en veux parfois de faillir à ce qui me semblait si important avant leur naissance, et en même temps ces traces laissées et partagées ensemble, quand je leur montre les photos, et avec mes amies virtuelles sont si douces...
    Bien sur j'imagine que ça évoluera quand on pourra en discuter ensemble et j'espère que ça n'est pas contradictoire avec l'idée de leur transmettre que leur corps et leur image est précieuse et bien à eux.

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  10. Je ne me suis pas encore trouvée confrontée à cette question pour ma fille qui n'a que 9 mois (et je n'ai pas de compte facebook). Cependant, je préfère ne pas publier de photo d'elle sur les réseaux sociaux (IG par ex), on verra bien quand elle aura l'âge de le faire elle-même. On verra alors comment on arrivera (ou non) à lui enseigner la prudence. Cependant, je ne suis pas sûre que les enfants dont les parents publient des photos le vivent forcément plus mal, ça dépend sans doute du retour qu'ils en ont. Après tout, si je mettais des photos de ma fille sur Instagram, même plus tard, je ne serai pas forcée de lui parler des commentaires des gens. Les parents prennent des photos de leurs enfants quoi qu'il en soit, donc est-ce que les enfants se rendent compte de l'utilisation? (ce qui pose un autre problème, bien sûr, car ils ne sont pas en mesure de donner leur accord ou non, mais bon).
    Par ailleurs, concernant le regard des autres, je pense que c'est surtout le regard des parents qui compte, dans l'enfance. Je partage ma propre expérience (la seule que je connaisse): Mon papa est un papa affectueux, et notamment il m'a dit et répété que j'étais belle pendant toute mon enfance. Et je me souviens bien que j'admettais ça comme une vérité, je n'en tirai pas plus de fierté ou de questionnement que le fait que je sois brune. Aujourd'hui, ça parait très vantard, mais à cet age, non. Mon papa disait que j'étais belle, et ben je l'étais, voilà. Plus tard, au collège, on s'est beaucoup moqué de moi, comme tant d'autres enfants (pas particulièrement sur mon physique, il est vrai, en tous cas pas plus que sur d'autres sujets), et malgré tout, je n'ai jamais été complexée. Même récemment, alors que je pesais plus de 80 kg il y a deux ans, et que je ne m'aimais pas comme ça. Je ne me trouve pas spécialement belle, certes, mais je n'ai pas de gros complexes physiques. Je l'attribue (à tort ou à raison) au fait que mon père avait à mes yeux réglé cette question une bonne fois pour toute. Ça ne m'a pas rendue orgueilleuse (car je sais bien que c'était avant tout les yeux d'un papa) mais ça m'a peut être empêchée de complexer. J'ai beaucoup de doutes et de failles, mais mon physique n'en est pas une. Bref, toute cette tartine pour dire que, au vu de ce que vous avez l'air de renvoyer à vos enfants en tant que parents, je pense que Stanislas sera fort de cette assurance et du regard bienveillant que vous lui aurez apporté pendant son enfance. En plus, peut être que je me trompe, mais je pense que la pression sur l'apparence physique, si elle est bien réelle, est tout de même moins forte sur les garçons que sur les filles (ils en ont plus sur les résultats, et la réussite, en revanche)...

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    1. ton témoignage est vraiment intéressant, merci ! je réalise que je ne dis pas assez à mes enfants qu'ils sont beaux ... je dois progresser, donc !
      par ailleurs, j'ai fait tilt sur une de tes phrases : "je ne serai pas forcée de lui parler des commentaires des gens sur ses photos" ... là, j'ai un gros bémol à énoncer => c'est qu'à l'adolescence, ils seront très capables d'arpenter le net pour s'y trouver ! je vois ma fille de 13 ans qui fait cela très régulièrement avec tous les noms de la famille, et ses copains ... et bien contente que, pour ce qui est de la famille, elle ne trouve rien ou pas grand-chose ... donc les commentaires en question, ils ne disparaitront jamais, et les enfants pourront les lire un jour (je ne dis pas que ça sera forcément à la première recherche, mais ils seront toujours là ...)

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    2. Certes, tu as raison. Cependant, sur les blogs et les réseaux sociaux, il est d'autant plus important de ne pas "taguer" les enfants: Si des photos d'eux sont disponibles, qu'au moins elles ne soient pas associées à leur nom de famille. Il devient beaucoup moins aisé dans ce cas de tomber dessus avec une simple recherche google.

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  11. cette reflexion fait partie de mon quotidien , je ne supporte pas tous ces enfants sur les reseaux sociaux , les miens aussi sont grands ( 25 ans-21 ans et 15 ans) mais je les ai tellement briffés que les photos d'eux sont très rares ....et pour la dernière je refuse qu'elle est pour le moment accès aux réseaux... sociaux...suis-je trop sévère ? ou peureuse ? ou réaliste ? dans tous les cas j'ai pour le moment bonne conscience au moins vis à vis de ce système d’Étalage des photos
    d'enfants qui n'ont surtout rien demandé ....

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  12. cette reflexion fait partie de mon quotidien , je ne supporte pas tous ces enfants sur les reseaux sociaux , les miens aussi sont grands ( 25 ans-21 ans et 15 ans) mais je les ai tellement briffés que les photos d'eux sont très rares ....et pour la dernière je refuse qu'elle est pour le moment accès aux réseaux... sociaux...suis-je trop sévère ? ou peureuse ? ou réaliste ? dans tous les cas j'ai pour le moment bonne conscience au moins vis à vis de ce système d’Étalage des photos
    d'enfants qui n'ont surtout rien demandé ....

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  13. Très intelligente réflexion, je n'ai pas d'enfants mais je m'interroge toujours lorsque j'en vois sur les blogs ou réseaux sociaux. Je crois que le pire est les enfants nus ou partiellement dénudés (bain, etc) j'ai du mal, je me dit si jamais il y a un pervers qui passe par là. je crois que c'est ce qui me dérange le plus.

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  14. Sujet passionnant et ô combien pertinent à une époque où l'image est reine, à mon grand désespoir. Fort heureusement, avec le père de mon fils nous sommes sur la même longueur d'ondes sur le sujet et nous sommes très vigilants car je connais malheureusement, de par mon activité précédente, les risques potentiels de la chose. L'irréversibilité de la diffusion sur Internet et surtout l'absolue impossibilité de savoir où atterrissent les photos et l'usage qui en est fait. Du côté des enfants eux-mêmes, il me semble respectueux et normal en tant que parent de ne pas prendre la décision à leur place de divulguer sur la place publique des images qu'ils n'apprécieront peut-être pas, plus tard, de voir revenir sur le tapis. Apprécierais-je que mon enfant ou qui que ce soit d'autre divulgue des images me montrant dans ma vie privée sans m'en demander l'autorisation? Evidemment que non! Donc, comment pourrais-je revendiquer un droit dont je priverais mon enfant? Cela reviendrait à dire, au final, que je considère qu'il a moins de droits que moi. Et ce n'est évidemment pas ma façon de considérer mon fils. En fait, quand j'ai un doute sur la façon de me comporter avec lui, j'imagine un instant que c'est un adulte pour voir comment je me ferais si c'était le cas. Par exemple, me viendrait-il à l'idée une seule seconde de menacer d'une fessée un adulte? Ou de lui dire des horreurs blessant l'estime de soi? Cà m'aide beaucoup à tenter d'être un parent bienveillant. Et concernant le respect de son droit à l'image, c'est la même chose. Merci en tous cas pour cette réflexion fort intéressante. Bonne journée à toi :-)

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