lundi 12 décembre 2016

Pour une enfance joyeuse : le combat de coqs - round 2

Un soir qu'Amaury ronchonnait sur l'ingratitude de Stanislas, une idée a traversé mon esprit.

" Doux (c'est comme ça que j'appelle Amaury), pourquoi voudrais-tu qu'il te remercie pour quelque chose que tu as organisé sans le consulter ni l'associer?"



Je lui ai rappelé le petit " merci" qui franchit ses lèvres quand sa maman lui apporte à chaque visite un pot de tarama, qui était son délice à 10 ans mais qu'il ne consomme plus depuis 20 ans ( ce qu'il n'ose pas lui dire :-)).
J'ai réfléchi sur cette question du don.

En flânant à la bibliothèque, au rayon pédo- psychiatrie, je suis tombée sur un livre au titre racoleur... La guerre des repas n'aura lieu. Signé par Patrick Serog et Roselyne Levy-Basse, ils explorent la question des mécanismes de don et de contre-don dans les relations familiales et la manière dont celles-ci cristallisent autour de la question des repas.

Le titre est nul! En revanche, le livre pose intelligemment la question du don dans les relations familiales. Même si, au final, je trouve simpliste de faire reposer toute l'explication des troubles alimentaires sur cet unique mécanisme.


Et la réflexion transcende largement la question des repas.
En synthèse, ils expliquent que les parents donnent ce qu'il y a de meilleur à leurs enfants, qui doivent recevoir ce don. Ce qui leur ait demandé en échange est une sorte de reconnaissance éternelle.
Or, quand l'enfant grandit, le fait de toujours recevoir sans pouvoir donner en retour, peut le bloquer.
L'attitude des parents qui devancent le désir des enfants bloque le cycle du don car l'enfant ne peut pas manifester son souhait, faute de temps.
Quand les parents ne cessent de donner, l'enfant ne peut rien faire d'autre que recevoir. Les parents lui prennent la capacité de réagir et de donner à son tour.


Un des conseils que nous avons appliqué, c'est, dans les périodes de conflit, de noter tous les jours ce que chacun a l'impression de faire pour les autres membres de la famille ; ce que chacun a l'impression de faire pour soi. Et d'en discuter.

Et nous avons nettement calmé le jeu sur l’organisation de sorties, de fêtes, d'invitations...

Que pensez-vous de cette piste de réflexion?


11 commentaires:

  1. Bonjour,
    je trouve la réflexion très intéressante. Nous avons eu une (grosse) déconvenue récemment pour les 7 ans de Madeleine : elle voulait un gouter à la maison comme l'année précédente. Nous avons passé pas mal de temps à préparer des gâteaux -j'y ai passé une soirée et une matinée en partie avec elle mais elle est un peu jeune pour beaucoup faire- mon mari a cherché plusieurs idées de jeux car au mois de novembre, on peut pas trop compter descendre jouer dans la cour. Les choses se sont assez bien passées mais à 10 minutes de la fin, elle s'est mise à pleurer de colère et de frustration car nous n'étions pas allés jouer dehors (le temps le permettant) alors que c'était justement ce qu'elle voulait faire. Les parents arrivaient pour aller chercher leur enfant et elle, elle hurlait de rage. J'étais décomposée. Je l'ai envoyée dehors avec les deux derniers invités et j'ai remercié le ciel qu'une des mamans aie été un peu en retard comme cela ils ont joué presque une demi-heure dehors et Madeleine était ravie. Après, en racontant l'histoire, je me suis rendue compte qu'une partie du problème venait sans doute de nous. Nous avions passé (un peu) de temps à tout préparer, nous avions voulu lui faire un joli gouter. Nous avions offert une super visite à l'aquarium comme goûter à sa soeur cette année et même si c'est elle qui voulait être à la maison, nous avions envie de qque chose de "bien" et je crois qu'au total, elle a ressenti une pression trop importante. On a beau savoir que le mieux est l'ennemi du bien, je pense qu'involontairement on a été pris dans cet engrenage. Nous l'avions pourtant associée, elle avait choisi un thème de décoration elle-même, elle avait aidé aux gâteaux, à la mise en place mais elle s'est sentie dépossédée de son goûter à un moment donné. Certes la frustration que les choses ne se passent pas toujours comme on veut fait partie de l'éducation, et de l'apprentissage, et en tant que parent nous n'avons aucun pouvoir de l'empêcher. Au contraire, l'enfant doit l'apprendre et c'est parfois douloureux. Cependant, je crois qu'on peut effectivement aussi lire cette histoire de goûter avec la grille du "don-contre don" et cela peut nous aider en tant parent à mieux contrôler nos élans d'organisation, de planification...Car pour être honnête, quand les filles étaient plus petites, je n'organisai pour ainsi dire aucun jeu et pourtant les anniversaires se passaient bien voire mieux.

    Bonne journée

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire dans lequel je me suis reconnue! Tiens moi au courant de vos essais

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  2. intéressant ... mais j'aimerais bien que tu expliques ta dernière phrase, je ne visualise pas directement le rapport avec le reste (calmer le jeu sur sorties, fêtes, invitations ... comment vivez-vous les choses ??)

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    1. Comme Brunette, ci-dessous, on a tendance à organiser les choses en les impliquant mais sans qu'ils soient moteurs. Et du coup, on se dit que peut-être on les dépossède un peu. Une bonne résolution est donc de freiner sur le remplissage de nos weekends.

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  3. "L'attitude des parents qui devancent le désir des enfants bloque le cycle du don car l'enfant ne peut pas manifester son souhait, faute de temps."

    Je crois qu'il y a du vrai dans ce livre, et même, je trouve que cela va plus loin... Le fait que les enfants aient tous leurs désirs devancés et qu'ils aient tout et tout de suite me semble négatif... je trouve que cela en fait des enfants, voire des jeunes, incapables d'accepter l'échec, le refus, l'attente ou toute forme de frustration, mais également il me semble, des adultes incapables de se poser la question de ce dont ils ont envie, de réfléchir à leurs propres besoins comme ceux de leurs proches, de prendre des décisions...
    C'est très important d'avoir des rêves, des envies, des désirs, et de comprendre à quel point cela fait plaisir d'attendre, d'espérer, mais aussi de comprendre que tout n'est pas toujours possible...
    Mais pardonne moi pour le hors-sujet, car je sais bien, rien que de la manière dont tu parles de tes enfants, et de tes valeurs, que ce n'est absolument pas la manière dont tes enfants sont élevés.
    C'est juste un sujet qui me touche et que je permets d'élargir, car je le trouve très bien expliqué dans ton article, merci beaucoup !
    Et oui, le "rien", le "vide" laisse du temps, de la place, pour imaginer, créer, pour l'imprévu, pour exprimer ses envies... car l'ennui, de mon point de vue, est très positif, lui aussi... même si ce n'est pas facile pour nous, adultes débordés, de le voir, de l'imaginer, de nous en rappeler...
    Bravo pour vos démarches, vos recherches, vos cheminements, j'espère réussir à me remettre autant en question et avancer autant que vous, sur le chemin de l'éducation de mes filles...

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  4. Que de pensées pleines de bon sens! Merci....et pas du bout des lèvres.
    Le week-end "de rien" est un des préférés chez nous.
    D'ailleurs, en ces temps de fêtes, j'ai retrouvé un album de Patrick Mac Donnell très éclairant "Un petit cadeau de rien du tout." Un bijou de fraîcheur et de vérité!
    Elisabeth

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  5. Très intéressant, sur le thème du non remplissage ça me rappelle une phrase mythique de mon plus jeune frère qui avait arrêté les activités extra-scolaires une année car il n'avait pas assez de temps de "refléchir".

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  6. très intéressant ! je suis tout à fait d'accord avec l'idée de ne pas offrir les choses ( objets, situations, aventures ) qui surpassent les envies et les rêves.
    De l'autre côté, j'essaye aussi ne jamais m'attendre à une expression de gratitude; ceci est aussi valable dans les relations avec des adultes ...
    amicales salutations !
    patricia ♪♫

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  7. Merci pour cette piste de réflexion très intéressante et les commentaires des autres qui le sont tout autant, ça pousse à réfléchir...

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  8. merci comme toujours pour ta reflexion ! quand j'étais petite, et que j'allais voir ma maman en lui disant "je sais pas quoi faire...", elle me répondais : "va t'ennuyer dans ta chambre!" J'avais comme beaucoup plein de jouets, de quoi dessiner etc...et au final, je trouvais toujours à m'occuper ! je fais la même chose avec mes filles, qui adorent bricoler, lire, écouter de la musique...laisser les enfants "libres" de leur temps et ne pas toujours leur prévoir des occupations me semble essentiel !

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  9. La plus part du temps, nous n'écoutons pas les enfants et ce qu'ils veulent. Cela ne nous arrange pas. De fait, ils sont capable de prendre nos désirs pour leur volonté, ce qui nous arrange mieux... Il faut composer entre cela et surtout le faire comprendre.
    Moi aussi, on m'a dit " va t'ennuyer dans ta chambre". Je me suis ennuyée toute ma vie d'enfant et d'ado, un vrai supplice : je n'ai jamais rien partagé avec mes parents, je ne les intéressais pas.

    Il vaut peut être mieux passer du temps ensemble sans nécessairement le remplir et en profiter pour s'écouter, se comprendre et s'entendre.

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