mardi 20 octobre 2015

Les mains dans l'argile : toi, nous et la leucémie # 41

Enfin le mois d’août arrive et avec lui,  la perspective, à nouveau, de retrouver nos montagnes.
Nous misons tout ce qui nous reste d’optimisme sur ces vacances. Nous nous voyons aller jusqu’à la cascade ( avec un masque sur le nez), ramasser des myrtilles ( puis les faire bouillir), dormir tout notre saoul ( avec des haricots à portée de mains), être en vacances, être une famille.
Quelques jours  avant notre départ, Papa reçoit un appel de son frère. Il raccroche, le visage défait.
Grégoire dit que si je veux voir Papa vivant, il faut que je parte maintenant.
Papa prend un billet d’avion et part. Sur place, il découvre son père à bout de force, ravagé par la maladie. Au bout de quelques jours, il rentre mais une partie de son esprit reste là-bas.

Nous partons en vacances, le cœur serré, pressentant que nous rentrions en urgence. Encore une fois.
Cette fois, le temps est splendide. Tu découvres les joies du trampoline. Tu lances cailloux dans les rivières. Tu galopes jusqu’aux cols. Gautier et toi faites des concours de cris. On décide de visiter Thonon, juste pour voir le lac et contredire le sort.
Et puis, c’est l’appel redouté.
Nous refermons les valises et rentrons à Lyon.
Papa s’envole. Pour enterrer son père cette fois.

Nous restons tous les trois,  à  Lyon, où la canicule s’est abattue. Il fait plus de 35° dans notre appartement. Les volets sont fermés, on décide de vivre nus, ou presque.
On se rend compte que c’est l’anniversaire de Gautier. Vite, vite, on improvise des madeleines au chocolat, on cherche une bougie et toi et moi on chante, la voix tremblante, en espérant que Gautier ne se rende pas compte de l’absence de son papa.

Tout de suite après, en théorie, c’est la routine qui reprend, Papa est revenu le cœur alourdi de chagrin et de discussions non finies avec son père.
Ce lundi-là, tes analyses sanguines sont trop mauvaises pour qu’on puisse t’administrer ta chimiothérapie. Comme elle est reportée au lendemain, je laisse un message à  Popa pour lui dire de ne pas se rendre à l’hôpital et à Moma, pour caler le séjour de Gautier chez eux.
Je suis au bureau quand il rappelle. Sauf que c’est Moma qui est en ligne. Elle a la voix éteinte, presque couverte par les bruits qui l’environnent, elle me dit que Popa ne te rendra pas visite demain et probablement pas les jours suivants non plus.
 Popa a fait une chute de 5 mètres de haut. Inconscient, il a été évacué par les pompiers et est en soins intensifs.
Quand est-ce qu’on sait qu’on a touché le fond ?
Quand est-ce qu’on sait qu’on est au plus sombre de la nuit ?
Quand est-ce que le cycle des malheurs cessera ?
La tête entre les mains,  je suis démunie, totalement impuissante, emportée par les événements.
Je ne crois plus que les choses s’amélioreront, que la chance reviendra. Je ne crois plus qu’il y aura des jours meilleurs. Je n’ai plus l’énergie de croire, je n’ai plus envie.

9 commentaires:

  1. quoi dire
    personne ne veut vivre cela
    tu es très courageuse et manifestement tu as trouvé la force de survivre
    tu es un exemple pour ceux qui vivent certains problèmes et cela permet de relativiser
    bonne journée

    RépondreSupprimer
  2. Toujours trop dur de te lire !!!! Mais quel courage !!! Un exemple pour tous !!!!
    Très belle journée. Alexandra

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Alexandra,
      ooh, merci. Je ne crois pas que nous soyons un exemple ;je crois que nous avons, tous et toutes, en nous, une incroyable force de vie à cultiver.
      Et qu'il faut focaliser toute son énergie sur les petits bonheurs du ici et maintenant et aller à petits pas.
      Ce qui est important, c'est de témoigner qu'un après est possible.

      Supprimer
    2. C'est incroyablement vrai ce que tu écris là, merci. Pourtant j'imagine combien revivre ces moments pour les écrire, les relire, les publier, doit être douloureux...
      Pour moi c'est comme une histoire dont on connaît une partie du dénouement et je crois nous serions tous incapables de te lire sans savoir que Stanislas est guéri... ce qui bien sûr, n'était à cette époque, que votre plus fol espoir, un rêve qui devait sembler inaccessible, auquel on n'a pas trop le droit de penser... Courage et merci, oui, bien sûr, vous êtes un exemple, un espoir pour nous, merci infiniment !

      Supprimer
  3. C'est toujours une telle émotion de te lire ! Merci pour ton partage si fort.

    RépondreSupprimer
  4. Merci de continuer à partager...tout simplement.
    Elisabeth

    RépondreSupprimer
  5. Réponses
    1. Il s'est remis doucement mais jamais complètement ( et de la maladie de Stanislas et de sa chute)..

      Supprimer
  6. Ce qui est frappant quand on te lit, entre autres, est le contraste entre le récit de tout ce que vous avez vécu, et ce qu'on aperçoit aujourd'hui à travers ton blog. Je trouve que cela véhicule un très fort message d'espoir sur l'existence d'un après, en effet.

    RépondreSupprimer